Gaspésie

De Miamigaspe
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Avant l'automne 2016, la Gaspésie n'existait pas. Avant mon arrivée au Québec, pour mes études, je ne connaissais rien de Montréal, métropole francophone dans l'Amérique du Nord, capitale mondiale de la pornographie numérique, alors la Gaspésie...

Puis, au fur et à mesure, des bouts de Gaspésie ont commencé à se concrétiser, parfois avec une violence effrontée envers les idées reçues de tout immigrant à Montréal, moi comme les autres. Je me souviens toujours de la fois où une immigrante française m'a dit qu'elle se foutait de la gueule des immigrants qui pensaient trouver une vraie ville souterraine à Montréal. Une bonne partie de mes certitudes s'est écroulée et je me suis adonné à venger la naïveté typique des impérialistes européens en me foutant à mon tour la gueule des immigrants qui pensent arriver à Montréal et vivre dans une ville souterraine — les ostie de ti-culs. (Un ami québécois a inventé le terme de frenchsplaining pour ça, et je l'adore — le terme et mon ami).

Ainsi, le très très connu et réputé saumon canadien a-t-il été remplacé par la très très connue et réputée morue gaspésienne — moi, j'aime le saumon et aime pas trop la morue. Morue gaspésienne à laquelle, de toute façon, j'ai pas encore goûté, mais de laquelle je suis en grand expert lorsque j'en parle avec mes italiens d'Italie — pour dire, mes parents m'ont appelé pour me dire qu'ils avaient mangé de la morue de la Gaspésie en Italie et je leur ai répondu : "oh, c'est vraiment bon ça, la morue de la Gaspésie, c'est la meilleur au monde".

La deuxième fois que quelqu'un m'a parlé de la Gaspésie, dans une soirée chez des amis, c'était pour me dire que la Gaspésie, c'est loin de Montréal. Très loin. Si cette personne n'avait pas été gaspésienne, je pense qu'elle m'aurait dit que la Gaspésie c'est dans le fin fond du trou de cul du Québec — un peu comme Chibougamau ou St. Clinclin-de-meuh-meuh. Cela dit, j'ai retenu que la Gaspésie, c'est loin de Montréal.

Celle qui est devenue ma meilleure amie par la suite et qui habitait en colocation avec une gaspésienne a souvent partagé avec moi de la viande — aux typologies les plus diverses et variées, mais toujours très bonne — que sa coloc lui ramenait de chez ses parents, en Gaspésie. Depuis, pour moi, en Gaspésie, on mange beaucoup de viande et bien — formulation redondante, à mon avis, et la Gaspésie, c'est la campagne. Et moi, j'ai toujours haï la campagne dans ma vie. À la campagne, en Italie, il n'y a pas de musées, il n'y a pas beaucoup de musique internationale qui passe, les gens ne lisent pas beaucoup, les gens jugent beaucoup, les gens ne sont pas très ouverts d'esprit, les gens s'amusent avec des activités incroyablement plates comme la pêche, la chasse, la cueillette des champignons, des asperges, etc., le snobisme est mal vu. Je n'ai jamais compris la campagne ou peut-être je n'ai jamais compris mon père ; mon père vient de la campagne, alors que ma mère viens de la montagne — en Italie la montagne c'est encore pire, mais au moins elle a toujours essayé de contrer son sentiment de culpabilité en lisant, en regardant des films philippins underground des années 1930, etc. Dans ma tête la Gaspésie, c'est la campagne, donc je ne sais pas si j'aime la Gaspésie ou pas — mais c'est sûr que je n'aime pas la campagne.